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Un sujet chasse l’autre, pas le temps de s’ennuyer.

Pas le temps de la réflexion surtout.

Tu n’aimes pas entendre vanter les charmes discrets du guide des restaurants étoilés dans lesquels tu n’iras jamais manger ?

Non merci. Des étoiles distribuées au petit bonheur, je préfère un bon routier. Parle-moi plutôt des attentats !

Quel attentat ? Je suis PDG, je suis dans la finance, pas dans le religieux ! Je n’ai rien à dire sur les attentats.

Dans ce cas pourquoi es-tu troublé ?

Je ne suis pas troublé.

Tu as mis quatre secondes avant de répondre. D’habitude tu es plus rapide. Quatre secondes pour s’interroger, pour peser les mots, choisir sa réponse.

Lâche-moi, je n’ai pas envie de commenter. J’ai marqué un temps parce que le sujet arrive comme un cheveu dans la soupe.

Suur la soupe ! Est-ce que tu condamnes au moins ?

Bien sûr que je condamne. Je condamne autant que tu veux.

Développe un peu.

Tout ce que je peux dire c’est qu’une fois on ne tire pas, une fois on tire.

De quoi ?

Ah merde, tu peux pas aller skier au lieu de m’emmerder.

Je me suis fait mal au genou. Je regarde par la fenêtre. Et toi, tu ne vas pas skier ?

Tu me vois en bas du télésiège en train de faire la queue avec tout le monde ?

Non. Donc tu ne skies pas ?

Si, mais dans de bonnes conditions. J’y vais pour le plaisir.

Les vacanciers aussi y vont pour le plaisir.

Je ne crois pas. Ils se forcent. Ils se font chier à descendre quelques pistes. Ça les rassure sur leur standing of life.

Et s’ils aimaient vraiment les sports d’hiver, tout simplement ?

Il doit y en avoir quelques-uns qui aiment en effet, mais ce n’est pas la majorité.

Alors d’après toi, les gens vont au ski sans aimer skier ?

Oui, je te l’affirme. Peut-être même sans aimer la neige. Ils aimeraient tout autant faire du cheval ou de la plongée sous-marine.

Attend, la montagne en hiver apporte des sensations particulières, on se dépense physiquement, et puis il y a la beauté des paysages… quand on a une vue dégagée… et l’impression de liberté !

L’impression de liberté ! Vraiment fendard. Depuis que tu es née, tu as visionné 70 fois, le même reportage ou presque sur les sports d’hiver, tu as vu 2968 images, entendu 945 discours positifs sur le ski. C’était saupoudré mais constant.

Peut-être mais d’un autre côté, que pourrait-on faire d’autre, en hiver, si massivement, tous ensemble ?

Entièrement d’accord ! Il n’y a rien d’autre à faire.

J’aurais pu prendre le temps…

N’y pense plus.

Qu’est-ce que les hommes tels que toi peuvent encore désirer ? Tu te lèves le matin en espérant quoi ?

Supprimer toutes les menaces.

Quelqu’un ou quelque chose te menace ?

L’autre nuit, je remontais une rue dans Paris, je rentrais chez moi. Une fenêtre en rez-de-chaussée a attiré mon attention. On voyait à l’intérieur. Il y avait des silhouettes. Cinq ou six personnes assises autour d’une table et elles parlaient.

Et alors ? C’est banal.

Non. Ce n’était pas banal. Ce n’était pas une soirée match. Ce n’était pas non plus une de ces soirées de week-end où vous vous dites des banalités en buvant pour être bien, ce n’était pas non plus une réunion de famille. Je sentais autre chose, d’une autre nature.

Qu’est-ce que c’était ?

Les regards étaient attentifs. Les bustes légèrement inclinés comme pour mieux écouter ce qu’ils se disaient mutuellement. Les échanges semblaient intenses et précieux.

Que pouvaient-ils se dire ?

J’ai pensé à des conspirateurs. Mais ça ne colle pas avec le siècle. J’ai noté l’adresse, rue Rennequin. Je ne sais pas de quoi ils parlaient mais ils étaient conscients, cela ne fait aucun doute. J’ai failli appeler les flics !

Qu’aurais-tu dit aux flics ? Ces personnes ne faisaient rien de mal, elles discutaient simplement autour d’une table.

Je sais. Ce genre d’individus échappent à mon contrôle ce qui les rend potentiellement dangereux. J’aurais voulu pouvoir rentrer chez eux et les flanquer aussi sec devant la télé ou les obliger à se raconter leurs vacances, tiens, ou mieux encore, les gaver de mes débats politiques. Je t’en fous. En même temps, ils me fascinaient. Comme lorsqu’on voit une fleur qui pousse sur le fumier et qu’on se demande comment une beauté pareille a pu sortir d’un tas de merde.

Tu as déjà vu une fleur pousser sur du fumier ?

Non mais ça doit être fascinant.

Que ferais-tu si le phénomène s’étendait, si les conscients tournaient la tête vers la source des problèmes, s’ils te prenaient pour cible ?

J’ai toujours mon jet privé prêt à décoller.

Encore faudra-t-il pouvoir atteindre l’aéroport...

Sinon j’ai mon yacht. Deux heures de route et ensuite : ciao bello ! La mer est belle ! Tu vois, j’ai deux portes de sortie au cas où le « phénomène s’étend » comme tu dis.

Tant mieux pour toi, tant mieux, tant mieux… Il s’appelle comment ton yacht ?

Image14 C.G. Jung, L'âme et le soi.

Image14 C.G. Jung, L'âme et le soi.

Tag(s) : #âme occidentale, #inconscient collectif, #ombre, #Jung

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